Mails truqués, faux appels, pneus crevés: le Verviétois avait pourri la vie de son ex

Jean a pourri la vie de son ex par de multiples fraudes informatiques.
Jean a pourri la vie de son ex par de multiples fraudes informatiques. - Prétexte Sora Shimazaki - Pexels

Jean et Pierre ont formé pendant quelques années un couple toxique, qui finira par se séparer en janvier 2019. Commence alors pour Pierre un long calvaire de deux ans, car Jean va s’ingénier par 36 moyens dont certains ingénieux pour lui pourrir la vie.

Par jalousie ? Par rancœur ? Par désir de reconquérir l’autre, comme c’est souvent le cas en matière de harcèlement ? Non ! « Par désir de vengeance stupide », dira Jean au tribunal, « car un psy m’a ouvert les yeux sur le comportement destructeur de Pierre. Il m’a mis dans le trou ! » Ce dont Pierre accuse Jean également.

Par le truchement principalement de faux commis sur ordinateurs, le Verviétois commence à harceler Pierre de toutes les façons imaginables : messages truqués envoyés à des amis de Pierre sous le nom de ce dernier, mails détournés, rendez-vous médicaux annulés, comptes bancaires ouverts au nom de Pierre, fausses captures d’écran, fausses commandes de choses diverses, modifications de paramètres dans le PC banking… Ou alors des envois de fausses attestations de salaire pour faire croire que Pierre travaillait alors qu’il était sur la mutuelle et même des appels téléphoniques soi-disant émanant du père de Pierre… décédé ! Voire la réponse à des petites annonces de vente de véhicules au nom de Pierre, en disant qu’il est intéressé, ce qui lui valait un contact avec l’annonceur. Sans parler de pneus crevés ou de serrures bouchées.

« Une masse de petites choses qui finissent par devenir destructives, au point que Pierre a tenté de se suicider après avoir été dépossédé de son identité », dira Mme Collienne, ministère public.

Une méthode vicieuse

Mais le moyen le plus vicieux était l’utilisation d’une technique peu connue du grand public qui permet, via un site ad hoc, l’envoi de messages ou des appels sous un faux numéro. Le « spoofing » ça s’appelle. C’est ainsi que Jean s’adressait à lui-même des appels émanant soi-disant de Pierre, ce qui lui permettait de déposer plainte contre Pierre en se disant lui aussi harcelé ! Une méthode qui a désorienté la police de longs moments en la lançant sur de fausses pistes.

Mme Collienne fustige ce comportement vicieux, par des mécanismes de haut niveau, mais destructeur. D’autant plus qu’il a déjà été poursuivi en 2008 pour usurpation d’identité, faux informatiques et en écritures. Elle réclame 30 mois de prison, avec sursis probatoire.

Son avocat Me Uerlings doit bien admettre que le comportement de son client était anormal. Mais il émanait d’un homme lui-même blessé, plein de rancœur et de mal-être. Il a maintenant pris la mesure de la gravité de ce qu’il a fait et repris des études. C’est pourquoi, pour ne pas gâcher son avenir professionnel, il demande une simple peine de probation, c’est-à-dire des conditions à suivre sans qu’une sanction soit prononcée.

Il s’élève aussi contre la constitution de partie civile de la police, qui réclame le remboursement des heures perdues sur de fausses pistes. « Si on doit payer le travail de la police, où va-t-on ? »

Jugement dans un mois.

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