Christie Morreale: «Un test PCR coûte plus cher que deux vaccins»

Christie Morreale: «Un test PCR coûte plus cher que deux vaccins»
Photonews

Ministre de la santé au cœur du Covid, Christie Morreale n’avait pas imaginé que cette thématique prendrait la plus grande partie de son temps de vice-présidente du gouvernement wallon. Ministre de l’Emploi, de l’Action sociale, de la Santé et de l’Égalité des Chances, cette licenciée en criminologie de l’Université de Liège, avait d’autres projets dans ses cartons. Pourtant, aujourd’hui d’Esneux à Namur, cette membre du PS depuis 1993, qui a déjà été vice-présidente du Parti Socialiste, est devenue une experte des réunions de travail autour de cette pandémie.

Cette crise va avoir un coût colossal ?

« Quand les gens accusent les politiques ou les experts en disant que la vaccination est un soutien aux sociétés pharmaceutiques, je leur explique qu’une journée aux soins intensifs, représente 3 à 4000 euros. Quand quelqu’un ne se vaccine pas et qu’il va devoir être soigné, cela coûte cher au système de soins de santé. Un test PCR coûte plus cher que deux vaccins ! Cette crise a un coût colossal. C’est pour cela qu’il faut mobiliser nos énergies pour la faire reculer le plus vite possible : elle a un impact sur l’endettement pour la collectivité, sur la santé mentale et sur les secteurs culturels… »

La vaccination ne résoudra pas la crise toute seule ?

« L’obligation vaccinale est en réflexion, mais les gestes barrières et le masque ne doivent pas être abandonnés. »

Pourquoi ne pas faire plus de prévention pour les personnes plus fragiles ?

« Cette crise nous a permis d’améliorer structurellement le dispositif de santé et de prévention en Wallonie avec les hôpitaux, les médecins coordinateurs, les équipes mobiles… Ces moyens que nous avons dégagés vont avoir un impact durable. Par ailleurs, les médecins, les pharmaciens, les infirmiers se parlent et travaillent ensemble. Nous avons gagné plus de 5 ans en termes d’organisation de soins. »

Comment avoir plus de moyens pour la prévention en Régions ?

« Dans le budget 2022, nous avons dégagé des moyens pour la prévention pour d’autres problèmes de santé. Le paradoxe, c’est que quand les Régions investissent dans la prévention, c’est le Fédéral qui en récolte les fruits. Je n’aimerai qu’un jour les Régions bénéficient financièrement de ces efforts. Cela permettrait une meilleure efficience en santé publique. J’espère que ce sera le cas à partir de 2024. »

Vincent Liévin

«Je suis passionnée par les abeilles»

Maman de deux garçons, elle préserve comme elle peut ses week-ends en faisant notamment du vélo. « J’habite Esneux depuis 15 ans et j’adore la nature. J’y fais beaucoup de vélo. J’aimerais aussi avoir des ruches. J’ai suivi des cours d’apiculture avant d’être ministre. Je pourrais parler des abeilles pendant des heures : de l’abeille noire, de l’horrible sort des mâles abeilles qui ne savent pas se nourrir eux-mêmes… »

L’environnement est important pour vous ?

« Je suis pastèque. Rouge à l’intérieur, verte à l’extérieur. » dit-elle en souriant.

Avez-vous encore du temps pour rencontrer les gens ?

« C’est indispensable. Je tiens à rester au contact de la population. J’étais encore avec des ouvriers ce matin sur un chantier. Cela a évidemment été plus compliqué avec le Covid, mais depuis la vaccination, je suis à nouveau sur le terrain. »

Un livre en particulier que vous avez lu dernièrement ?

« Le dernier livre que j’ai lu est celui de Mona Chollet « Réinventer l’amour ». Cette féministe aborde de manière très intéressante l’égalité Hommes-Femmes ».

V.LI.

«Déjà 18 féminicides cette année»

Au niveau des violences faites aux femmes, que pensez-vous de #balancetonbar à Bruxelles ?

« Cette situation existe aussi dans certains endroits en Wallonie, mais pas que dans les bars. J’ai été la première avec ma collègue Véronique Bonni, députée régionale, à poser la question au ministre wallon des transports sur le harcèlement sexuel dans les transports en commun. Il n’y avait pas de données. Des collègues me demandaient si je n’avais pas autre chose à faire. Aujourd’hui encore de nombreux hommes ne mesurent pas que… c’est notre quotidien d’être sifflée dans l’espace public, des expressions vulgaires, des gens qui vous suivent ou vous touchent. Il faut rappeler qu’il y a déjà eu 18 féminicides cette année. »

Vous avez été sur le terrain le constater ?

« Entre 5h et 7h du matin, j’ai été devant des abris de bus à Liège, Verviers… et j’ai interrogé plus de 500 personnes. Aujourd’hui, on évoque 17 % de cas. Ce qui est interpellant, c’est quand je demande à une personne : as-tu déjà été victime de harcèlement, la personne dit « non »… et quand je lui demande « as-tu déjà été frôlée de manière délibérée », la personne dit « oui ». Il faut donc prendre le temps de bien expliquer le phénomène et ses implications. »

D’autres actions peuvent être menées ?

« À Liège, un effort a été fait en matière de luminaire dans l’espace public et les joggeuses se sentent un peu plus en sécurité. À propos de la ligne d’écoute 0800.30.030, nous avons travaillé avec Petra de Sutter. La plage horaire de la ligne d’écoute a été élargie. Nous avons aussi mené une opération avec l’association des pharmaciens, l’APB, dans les 1800 pharmacies de Wallonie. C’est un endroit où les femmes peuvent parler librement. Nous travaillons aussi avec l’association Comeos pour que dans les supermarchés, les personnes puissent dire qu’elles souffrent de violences aussi. »

V.Li.

Les travailleuses seront mieux protégées en 2022

La ministre travaille à une meilleure protection des femmes de ménage.
La ministre travaille à une meilleure protection des femmes de ménage. - D.R.

Un décret « Titres-Services » est sur la table en Wallonie. La première mesure sera un contrat d’une durée moyenne de minimum 19 heures/semaine par entreprise pour lutter contre la précarité. « En effet, on se rend compte que certaines sociétés engageaient des travailleuses seulement 12h semaine et cela avait un impact sur leur pension, leur congé maladie, leur congé de maternité… Cela appauvrissait les travailleuses. Comme je n’ai pas d’impact sur le salaire poche des travailleuses, j’ai agi à un autre niveau. »

Ce sera d’application quand ?

« Au 1er janvier. Par ailleurs, nous allons leur permettre d’avoir une meilleure formation avec un minimum de 9h de formation par an par travailleur. Nous allons mieux utiliser les moyens du Fonds de formation professionnelle. Nous avons aussi élargi la gamme des formations possibles pour qu’elles puissent se diriger vers d’autres types de métiers moins pénibles. Il faut pouvoir reconnaître que c’est difficile d’y faire une carrière complète. »

Vous voulez aussi mieux les protéger ?

« Beaucoup de travailleuses m’ont dit avoir eu des problèmes avec certains utilisateurs qui avaient des comportements inadéquats. Nous avons mis en place une mesure-sanction qui permettra que l’utilisateur ne puisse plus recourir à un service après de tels faits. Cela va offrir une meilleure protection des travailleurs en cas de harcèlement de la part des utilisateurs. »

Vous avez aussi prévu de valoriser leur accès aux permis de conduire ?

« Avoir son permis de conduire augmente de 10 % le fait d’avoir un emploi. Aujourd’hui 44 % des offres d’emploi sur le Forem requièrent le permis de conduire. Les demandeurs d’emploi dans le secteur ont 99 % de chance d’être engagés sauf s’ils n’ont pas de permis. Souvent, ils n’ont pas les moyens financiers pour passer ce permis. Nous avons donc proposé que les travailleuses Titres-services aient également accès à cette mesure. Ce n’est pas une manière de dire « tout à la voiture ». Il faut reconnaître objectivement que beaucoup d’employeurs, en raison de la nature de l’emploi, demandent un accès à la voiture comme dans le secteur de la construction par exemple… »

Tout le monde ne peut bénéficier de cette mesure…

« Elle ne s’adresse qu’aux demandeurs d’emploi en formation. Je l’ai élargi au vélomoteur. »

V.Li.

«Mieux soutenir les infirmières»

«Mieux soutenir les infirmières»
Isopix

Que pouvez-vous faire de plus pour les infirmières ?

« Nous avons mis 260 millions dans la revalorisation salariale et la pénibilité. Il faut aussi penser à la formation tout au long de la vie de l’infirmière parce que sur une carrière, elles ne peuvent pas toujours faire la même chose. À son niveau, le Fédéral a permis le Fonds Blouse Blanche. Il faut à présent bien voir si ces moyens bénéficient bien au service de soins intensifs et des urgences qui sont les plus touchés par la crise. »

Le métier est encore plus pénible aujourd’hui ?

« Les infirmières doivent soigner des gens non vaccinés avec du personnel en moins, la hausse des burn-out… elles ont dû faire face aussi à de nombreux patients qui ont perdu la vie avec le Covid. »

Pourtant, les métiers de la santé attirent…

« Nous n’avons jamais eu autant d’étudiants en médecine. Nous travaillons aussi avec le Fédéral pour que les aides soignantes qui voudraient reprendre des études d’infirmières puissent le faire sans perdre trop d’argent pendant un an ou deux. Pour les métiers en pénurie, il faut limiter la dégressivité. »

Et se tourner vers l’étranger ?

« Éthiquement, ce n’est pas normal que nous allions chercher des infirmières dans d’autres pays qui en ont aussi besoin. »

V.Li.

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